Par Sneakers.fr Non classé

Village PM veut redonner du relief à la skate shoe

Depuis plusieurs saisons, la chaussure de skate traverse une période étrange. D’un côté, elle n’a jamais été aussi visible dans la mode, portée par le retour des silhouettes basses, des semelles plates et des références 90s/2000s. De l’autre, une partie du marché semble s’être figée autour de formes très familières, parfois efficaces sur une board mais rarement capables de provoquer une vraie émotion produit. C’est précisément dans cet espace que Village PM s’est installé. Fondée à par Basile Lapray et Bram De Cleen, deux skateurs de longue date, la marque française ne cherche pas simplement à produire une nouvelle sneaker inspirée par le skate. Elle tente plutôt de repenser ce que peut être une chaussure de skate contemporaine : technique, portable, précise, mais aussi désirable en dehors du spot.

Une marque née d’un manque.

Village PM part d’un constat assez simple : la skate shoe a longtemps été un territoire d’innovation, d’identité et de personnalité. Dans les années 2000, les marques indépendantes du skate développaient des formes reconnaissables, parfois radicales, capables de dire quelque chose d’une époque et d’une manière de pratiquer. Avec le temps, une partie de cette énergie s’est diluée. Beaucoup de chaussures sont devenues très fonctionnelles, mais moins excitantes visuellement. D’autres ont basculé vers le lifestyle sans conserver de vraie exigence technique.

Basile Lapray et Bram De Cleen ont donc imaginé Village PM comme une réponse à cette perte de tension. Leur idée n’est pas de choisir entre performance et style, mais de faire cohabiter les deux. Basile apporte notamment une expérience liée à l’innovation footwear et à l’univers outdoor, tandis que Bram, passé par la construction de skateparks, les médias skate et la culture terrain, ancre le projet dans une pratique réelle. Cette double lecture se retrouve dans toute l’approche de la marque : Village PM parle à ceux qui skatent, mais refuse de produire une chaussure qui ne vivrait que sur une planche.

Entre skate et escalade.

Le cœur du projet repose aujourd’hui sur deux modèles, la 1PM et la 1.30PM. Leur particularité ne vient pas seulement de leur forme, mais surtout de leur construction. Plutôt que de reprendre les recettes classiques de la chaussure vulcanisée ou de la cupsole traditionnelle, Village PM a développé sa propre approche autour d’une technologie baptisée Rubber Glove Construction. Le principe : envelopper certaines zones de la chaussure avec un caoutchouc premium inspiré de l’escalade, afin d’obtenir à la fois de l’adhérence, de la durabilité et une vraie sensation de contact avec la board.

Cette influence du chausson d’escalade est essentielle pour comprendre Village PM. Dans l’escalade, le rapport au support est immédiat : il faut sentir, accrocher, doser, tout en conservant suffisamment de résistance pour encaisser l’usure. Transposée au skate, cette logique prend tout son sens. Le grip, le boardfeel et la solidité deviennent des éléments centraux, mais traités avec une approche plus fine qu’un simple renfort ajouté sur une paire classique. La chaussure ne donne pas l’impression d’être surprotégée. Elle semble plutôt construite autour de l’idée de précision.

Une chaussure technique qui refuse l’uniforme.

L’autre force de Village PM tient à son langage visuel. La marque ne tombe pas dans l’esthétique purement utilitaire que l’on associe parfois au skate technique. Ses paires gardent une vraie dimension mode, avec des couleurs, des matières et des proportions qui les rendent crédibles loin du skatepark. Pour sa collection FW25, Village PM a notamment travaillé autour du daim, du cuir verni et de touches camouflage, confirmant cette envie de pousser la chaussure de skate vers un territoire plus expressif.

C’est là que la marque devient intéressante pour le marché sneaker actuel. Village PM ne cherche pas à faire une “Vans premium”, ni une chaussure outdoor déguisée en skate shoe. Elle occupe un espace intermédiaire plus subtil, entre la rigueur fonctionnelle d’un produit pensé pour être maltraité et la sophistication d’une sneaker que l’on peut réellement intégrer dans une silhouette mode. Ce positionnement explique aussi pourquoi la marque a rapidement trouvé sa place dans des circuits très différents, des skate shops pointus aux retailers plus mode.

Paris comme terrain d’expression.

Si Village PM regarde du côté de l’outdoor pour la technique, son identité reste profondément parisienne. La marque s’est notamment fait remarquer pendant la Paris Fashion Week masculine avec une activation aussi simple qu’intelligente : un showroom mobile installé dans un camion, garé entre les espaces de Margiela et Salomon. Un geste révélateur de l’esprit Village PM. Plutôt que de copier les codes très établis de la mode, la marque a transformé une contrainte de budget en prise de parole cohérente, directe et presque instinctive.

Cette manière de faire raconte beaucoup de choses sur le projet. Village PM ne se présente pas comme une start-up footwear calibrée pour occuper tous les segments. La marque avance progressivement, avec un produit central, une équipe skate identifiable et une volonté de construire une identité solide avant de s’éparpiller. Dans un marché où beaucoup de jeunes labels cherchent immédiatement à devenir des marques de lifestyle globales, ce choix de concentration sur la chaussure paraît presque à contre-courant.

Le retour d’une vraie skate shoe d’auteur.

Ce qui rend Village PM important aujourd’hui, ce n’est pas seulement son esthétique ou sa technologie. C’est la manière dont la marque réactive une idée que l’on avait un peu perdue : celle de la chaussure de skate comme objet d’auteur. Une paire peut être pensée pour encaisser les kickflips, offrir du grip et se faire rapidement au pied, tout en racontant une vision culturelle précise. Elle peut venir du skate sans se limiter au skate. Elle peut parler d’escalade, de Paris, de villages, de lumière, de matières et de silhouettes contemporaines sans perdre son usage premier.

Avec Village PM, la France tient peut-être l’un des projets footwear indépendants les plus intéressants du moment. À une époque où les grandes marques revisitent sans cesse leurs archives skate, voir une jeune structure proposer une forme neuve, une construction propre et une vraie lecture produit a quelque chose de rafraîchissant. La chaussure de skate n’avait pas forcément besoin d’un nouveau revival. Elle avait surtout besoin d’une nouvelle idée. Village PM semble justement en avoir une.